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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 08:00

 

 

 

 

 

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   Les élèves tremblaient devant l'arrivée du maître. On l'appelait monsieur Moody. Un nom qui lui allait bien car en anglais, "moody" peut se traduire par "changeant d'humeur". Un maître très sévère qui punissait tous les élèves les uns après les autres.

 

   Il y a eu d'abord Yannis, le petit Grec aux cheveux bruns et bouclés, il avait d'excellents résultats avant que maître Moody s'aperçoive que Yannis avait planqué des pompes dans ses chaussettes et les manches de ces chemises. Ruses grossières que lui avait soufflé un esprit farceur, le mystérieux Lehman. C'était uniquement grâce à ces artifices qu'il avait de bons résultats. Un tricheur. Résultat : au piquet !

 

   Vint ensuite Rory, le petit Irlandais avec ses cheveux roux et son visage constelé de taches de rousseur. Au début, on le trouvait touchant. Il était arrivé à l'école en haillons, il était étiquetté "en retard" mais en peu de temps, il avait eu des résultats spectaculaires, au point qu'il avait dépassé l'allemand et le français... Mais un jour qu'il était arrivé avec des beaux vêtements tous neufs, maître Moody déclara que Rory avait lui aussi triché et il fut mis au piquet aussi.

 

   Quelques temps plus tard, c'est Joana, la Portugaise, une jolie jeune fille brune, sage et appliqué qui fut mise au piquet aussi. Ses torts ? Malgré ses efforts, les résultats n'étaient pas à la hauteur.

 

   Joana fut vite suivie par Pablo l'Espagnol, coupable de dépenser beaucoup d'encre pour des résultats médiocres puis par Paola, la belle Italienne, accusée, comme son camarade grec, de planquer des pompes aussi, mais dans son corsage en ce qui la concernait...

 

   L'ambiance était morose chez les autres élèves. Un lundi, coup de théatre : c'est Marion, la jolie Française élégante et bonne travailleuse qui fut frappée d'un coup de règle sur les doigts par maître Moody. Marion protesta mais maître Moody lui assena que malgré ses airs de coquettes et son arrogance, elle était aussi cancres que ces pouilleux de grecs et autres européens des périphéries. De plus, on disait qu'elle était influencée par un mystérieux lutin que tout le monde appelait "talonnettes".

 

   Ca, c'était inatendu ! Marion, si appliquée et avec sa belle écriture, punie elle-aussi ! Cela n'annonçait rien de bon pour les autres.

 

   Alors les blondinets de la classe, Jakob l'Allemand et ses camarades autrichiens, suédois, finlandais... commencèrent à s'inquiéter. Jimmy, le Britannique, faisait toujours bande à part mais essayait de ne pas faire voir qu'il s'inquiétait aussi. La partie est de la classe composée de nouveaux comme Hanna la Polonaise et ivan le Slovaque, ne se sentaient pas concernés : c'était les plus cancres de la classe au début et maintenant qu'ils étaient si performants, ils n'allaient pas se faire punir aussi quand-même !

 

   De leur côté, les relégués essayaient de mijoter un plan contre cet abominable maître Moody. Yannis déclara que le secret du bonheur était la liberté et que celle-ci s'obtenait grâce au courage. Il proposa de jeter des boulettes d'encre à la figure de maître Moody et de s'enfuir avant que ses collègues jumeaux, maîtres Standard et Poor's n'arrivent à son secours. Rory était toujours admiratif à l'écoute des discours de sagesse de son camarade grec et il proposa de composer un chant rebelle et poétique pour se donner du courage et Marion rénchérit en suggérant d'écrire un pamphlet philosophique à la manière de Voltaire pour éveiller les consciences... Mais personne n'arrivait à se mettre réellement d'accord.

 

  Puis tout d'un coup, Pablo s'écria : "faisons comme Sigrún !"

- Sigrún ? C'est qui ça, demanda Joana.

- C'est ma voisine islandaise expliqua Pablo. Maître Moody a voulu lui faire l'école aussi mais devant tant d'injustices, ses parents ont mis Maître Moody à la porte et maintenant Sigrún faisait l'école en indépendante et sans aucun problèmes.

- Bonne idée ça, ajouta Paola, arrêtons de subir ce maudit Moody !

- Révolution !! ajouta Marion

- Rebellion ! s'exclama Rory

 

Et les enfants s'avancèrent vers le pupitre alors que maître Moody s'apprêtait à punir l'élève hongrois de la classe...

 

 

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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 08:00

   

   Pour le 60e salon d'écriture du forum du Partage des mots, Andrée nous propose d'écrire un texte avec "la caravane des dix mots" qui sont :

âme, autrement, caractère, chez, confier, histoire, naturel, penchant, songe.

 

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   Du tréfonds de mon ÂME glacée, je les vois tous ensemble complices, assis autour d'un grand feu dans une clairière entourée de grands chênes sacrés...

 

   On y rit et on y pleure, se dispute et se réconcilie. Eclats de voix et mots d'amour chuchotés... CHEZ eux, on ne sait pas faire AUTREMENT car on y a le CARACTERE bien trempé et aussi, un PENCHANT pour la cervoise engloutie dès potron-minet. 

 

   Dans cette vie sans vie où règne le calcul, la fourberie et les faux-semblants, leur air NATUREL  et leurs espièglerie m'attire et me rassure. Et je fais le SONGE dans cette ville froide que je me blottie contre eux pour CONFIER mes tourments trop souvent méprisés par des personnes plein de rationalité.

 

   En échange, il me raconteraient une HISTOIRE où les dieux et les héros brandissent leurs épée pour défendre le faible et pourfendre le traître puis s'adonnent avec ardeur aux TRANSPORTS amoureux.

 

   Notre société est a mon goût bien compliquée : des milliers de bureaucrates régissant la vie de millions d'usagers alors je rêve d'une tribu entourée de forêts où tout serait réglé avec des palabres et des soirées enivrées...

Esclarmonde, le 21/11/2011
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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 08:30

 

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   Au pied des Pyrénées, une bourgade cossue, dominée par sa belle église romane...Un mariage a lieu réunissant deux familles petite bourgeoise bien en vue dans la région...

 

   Cette église, Claire la connaissait bien, elle y avait été baptisée, elle y avait fait sa Première Communion, sa Profession de foi et enfin sa Confirmation avant de la déserter sauf pour quelques obsèques et mariages.

 

   Elle avait l'impression d'y rentrer pour la première fois, elle l'a trouva cette église si familière soudainement austère, son style roman très sobre et épuré la frappa comme si elle la redécouvrait. Une peur terrible la saisit et elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Sa tenue, grande robe et dentelles, lui était pesante et elle avait envie d'être nue, seule dans la montagne, avec les isards et les ours.

 

 

   Je ne supporte plus que toi et ta mère, vous vous mêliez de mes affaires sans cesse comme si j'étais un demeuré ! Va t'occuper de tes fesses et fous moi la paix ! J'ai besoin d'être seul, fous le camp ! Tu as entendu ? j'ai besoin d'être seul ! Seul !!!

 

 

   Elle revit ses yeux gris et très doux devenir d'un seul coup perçants, oui perçants c'était le mot, son regard lui perçait le coeur, pourquoi s'évertuait-elle à s'occuper de lui comme d'un nouveau né, lui qui était si fier ? Et son énervement lui rappelait celui de son père contre sa mère quand elle était petite. Elle entendait leurs disputes dans son lit et elle était morte de peur. Ils se disputaient moins maintenant. Son père, avec l'âge, devenait de plus en plus affable, sa mère elle, ne changeait pas mais au moins, les choses se déroulaient sous un jour plus feutré. Allait-elle connaître cela de nouveau, cette violence, ces éclats de voix avec Bertrand ?

 

   L'autel lui paraissait à des kilomètres et malgré la chaleur de l'été, elle frissonnait. Elle se demandait si les gens remarquait son malaise. Elle même avait toujours pensé que les mariages étaient lourds de non-dits. Jusque là, elle en avait été la spectatrice parfois amusée de ce rituel où l'alcool déliait les coeurs et les langues, où les mamans et les grands mères versaient des larmes et où les mariés étaient tétanisés d'émotion comme s'ils faisaient le grand saut.

 

   Et maintenant, c'était elle et son mari qui étaient le clou du spectacle. Oui, de toute façon, ça y est, elle s'était mariée, tout regret viendrait trop tard. Pourtant, elle se rendit compte que, malgré sa désertion des églises ces dernières années, elle était demeurée croyante car pour elle, c'est ce long et fastidieux trajet jusqu'à l'autel, l'échange des alliances, leurs serments de fidélité devant Dieu qui scelleraient à jamais leur union. Le passage à la mairie n'était que broutilles et paperasseries.

 

   Après sa colère, Bertrand s'était ensuite précipité vers Claire. Comme à son habitude, il avait changé de nouveau d'humeur et c'est le Bertrand peluche et tendre qui était venu la prendre dans ses bras. Sa colère n'existait plus. Elle n'avait jamais existé. Le problème, c'est que dans le coeur et la mémoire de Claire, elle existait toujours. Et c'est avec mal à l'aise qu'elle accueillit Bertrand contre elle. Puis elle vit qu'il avait retrouvé son regard doux et que ses caresses étaient irrésistibles... Jamais, elle ne pourrait vivre sans lui, le manque serait tellement fort qu'elle en mourrait. Elle aimait ses mots, son humour, ses baisers, ses mains et son regard, son incroyable regard...

 

   Et c'est avec plus d'assurance qu'elle monta les trois marches jusqu'aux deux chaises disposées devant l'autel.

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 09:00

 

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 Sam commença à ranger dans le but d'avoir fini le soir même. Le lendemain, il ne reviendrait plus. Il ne risquait plus grand-chose, abandon de poste ? Qu'est-ce que ça veut dire abandon de poste dans ce merdier ? Que dalle ! On le lui reprocherait lorsqu'il voudrait postuler pour un autre emploi ? Mais il ne chercherait pas d'autre emploi ! Vivre d'amour et d'eau fraîche, voilà ce qu'il voulait. Car depuis longtemps, l'amour et l'eau fraîche, il ne savait plus ce que c'était : l'amour ? Sa femme l'avait quitté depuis plusieurs années et celles qui prétendaient la remplacer n'était que des gourgandines plus intéressées par son compte en banque que par son amour de la poésie. Il faut dire que la poésie dans le monde ou il évoluait étais plutôt mal vue... L'eau fraîche ? Cela faisait longtemps qu'il ne savait plus ce que c'était car cela faisait un moment qu'il se dopait au whisky et à la bière pour tenir le coup.

 

   Et toi Sam, tu n'as rien à te reprocher ? Cette petite voix lui revenait sans cesse pendant qu'il rangeait, comme les mélopées des banshees. Et bien si, j'ai quelque chose à me reprocher, beaucoup même. Celle de ne pas avoir choisi une vie en rapport avec mes vrais désirs, celle d'avoir collaboré à un système inique, celle d'avoir choisi de se taire et de subir alors que je rêve de révolte et d'insurrection, pas une insurrection violente mais une insurrection de l'amour et de la poésie.

 

   Ce soir, je mettrai ma cravate à la poubelle et je donnerai mon costume à une association charitable. Je ne ferai pas comme les autres ici. Je n'irai pas m'inscrire au Pôle Emploi. Je ne mendierai pas un autre boulot avec des trémolos dans la voix auprès d'une conseillère qui n'en a rien à foutre et je n'irai pas à l'aide sociale pour avoir des tickets d'alimentation en échange d'un comportement de bon citoyen prêt à tout pour retrouver du travail.

 

   Je vais courir chez moi retrouver brièvement ma solitude et faire ma valise. je vais partir dans le sud de la France retrouver le soleil, les filles au teint couleur de miel et les montagnes aux reflets bleutés. Je m'assoirai à la terrasse d'un café et je me laisserai enivrer par la chaleur, je goûterai leur vin et je m'imaginerai en Dyonisos dont la vie éternelle est une perpétuelle fête. Je séduirai une belle femme brune et elle me fera oublier mes années d'errance. Je ne collaborerai plus à ce système. Je n'y arriverai plus de toute façon et je vais attendre son effondrement. A ce moment, tous ces gens que je rêvais d'anéantir pour sauver le monde de leur rapacité mais qui me réduisaient à l'impuissance, je les attraperai par la cravate et je m'en servirai pour les pendre aux beaux lampadaires qui ornent ces belles avenues...

 

   En attendant, quand j'arriverai dans mon petit paradis, je monterai au donjon de ce château et du sommet, je contemplerai ce paysage qui m'a tant bouleversé et je me dirai : "le monde est à moi."

- Fin -

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 09:00

 

 

 

 

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La City de Londres

 

 

 

 Un jour de printemps pluvieux dans un grand bureau, dans une grande tour en verre d'un quartier d'affaire d'une grande ville. Un homme dans la bonne trentaine est face à trois hommes. Ils sont tous les quatre en costume Gucci.... 


"Monsieur Wallace, vous n'ignorez pas les grandes difficultés que nous connaissons depuis l'automne et l'effondrement la banque Lehman Brothers ?" 

- euh... (tu me prends pour qui, face de rat !) 

Banque qui a beaucoup contribué au développement des grands projets immobiliers que nous avons lancé ces derniers années. 

Oui... (et qui ont défguré nos paysages par la même occasion) 

Et que, grâce à des gens compétents et loyaux tel que vous, nos profits se sont envolés ces dernières années !

! (compétents et loyaux... autrement dit : zélés et obéissants) 

Seulement, monsieur Wallace, suite à l'arrêt d'activités de nos diférents partenaires et à l'effondrement de la demande, nous nous voyons obligés de ralentir fortement notre activité et à réduire le personnel auquel pourtant nous sommes si attachés. 

? (attaché ? Si tu pouvais embaucher des chinois à un euro de l'heure, tu le ferais sans scrupule !) 

Aussi, nous sommes au regret de vous annoncer que nous supprimons votre poste à compter du 1er mai prochain. 

C'est dans une semaine.... (au fond, ça tombe bien, j'en ai plus qu'assez) 

tout à fait, aussi, nous vous serions gréés de vous demander de bien vouloir classer vos dossiers en cours et de laisser votre bureau vide le 30 avril au soir, après quoi, vous repasserez nous voir et nous vous donnerons votre solde de tout compte. 

! (si je pouvais te cogner, je le ferais avec grand plaisir !) 

Vous pouvez retourner à votre poste, nous vous remercions de votre compréhension monsieur Wallace, sachez que nous sommes disponibles pour toutes les questions que vous souhaiteriez poser. 


   Questions ? oui, par exemple, est-ce que tu es capable de te regarder dans la glace après avoir efectué ton sale boulot ? Autre question : sais-tu que je serai soulagé de ne plus voir ta tête à claques ? Encore une question : Sais-tu que ça fait longtemps que j'ai envie de te dire qu'heureusement qu'il y a beaucoup de crétins dans notre pays pour acheter à prix d'or des baraques  qui ressemblent plus aux vilages virtuels de Potemkine qu'à des vrais logements à force de rogner sur tous les fais ? J'ai encore d'autres questions connard : es-tu au courant qu'un gars de 42 ans s'est suicidé hier parce qu'il n'arrivait plus à payer les traites de sa maison et qu'en plus, ele était telement mal construite, qu'il fallait qu'il ajoute des frais de réparation du toit et des cloisons ? Dis-moi, tu es fier de toi gros lard ? 

 

  

 

(suite demain...)


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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 08:42

 

 

 

  C'était le temps du bonheur pour Mona, le printemps au pays de Cocagne. Willy l'avait emmené au restaurant, une petite auberge quelque part dans le riant Lauragais. Ce n'était pas le genre d'établissement où l'on met de la FM en fond musical mais on y diffusait en fond discret des morceaux bien choisis : du Mozart, du Stan Getz, du Fauré ou les Romances de Beethoven.

 

   Ils avaient choisi un endroit très romantique, élégant mais sans prétention aucune : un feu de cheminée, bonne odeur de cassoulet maison, goût de Madiran en bouche et café velouté... Mona trouvait Willy très charmant avec son regard d'enfant et quelque chose de désarmant dans ses manières sans détour.  Elle voulait se laisser porter.... Puis Willy l'avait regardé longuement avec ses yeux couleur océan et lui avait pris la main juste au moment ou l'on entendait Le Boléro de Ravel. C'était très singulier pour Mona car elle n'aimait pas cette musique qui lui rappelait un film* qu'elle était allée voir avec ses parents des années auparavant et qu'elle n'avait pas du tout aimé. Pourtant ce brave Maurice n'y était pour rien !

 

   Mona se jura d'aimer désormais cet air si célèbre puisque il lui rappellerait à jamais ce moment où elle se serait cru dans un roman qu'on dit "de gare" sauf que c'était vrai. Et désormais, elle ne pourrait plus entendre cet air d'abord chuchoté puis évoluant vers une sorte d'extase finale sans penser à ce moment. Mona apprendrait ainsi à apprécier ce morceau entendu mille et une fois auparavant à son grand agacement.

 

  Mais le printemps était fini depuis longtemps maintenant et une Toussaint éternellement sinistre l'attendait pour toujours depuis que Willy était finalement parti vers une île lointaine avec Esmeralda, une danseuse de boléro. Et Mona passait désormais ses journées à servir des sandwichs infâmes et mous avec des gobelets de soda aux édulcorants à des clients aux regards mornes pour gagner quelques piècettes. C'était un endroit de banlieue qui ressemblait à n'importe quel banlieue de ce monde standardisé. Le Lauragais et ses champs de tournesol était loin comme l'était Willy.

 

   Et comme musique de fond dans ce petit boui-boui, on entendait les tubes mondialisés concoctés par des multinationales sans âme et pour Mona, cela tombait bien car elle détestait plus que jamais le boléro de Ravel, le Pavane de Fauré, Stan Getz et les Romances de Beethoven...


* "Les uns et les autres" de Claude Lelouch. A la fin du film, tous les personnages sont réunis autour d'une chorégraphie sur le Boléro de Ravel :

 

 

 

 

 

Pour le 55e salon d'écriture du Partage des mots, il fallait cette semaine s'inspirer du Boléro de Ravel.

 

 

 

 


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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 10:40

Pour ce salon du Partage des mots, Andrée nous propose de s'inspirer de deux photos :

 

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 C'est au delà de ces fils barbelés que se trouve ton royaume, toi mon prince d'un autre monde que je ne reverrai sans doute jamais car Je bute toujours sur eux lorsque je veux te retrouver et je n'arrive toujours pas à les couper. Acérés et perçants, ils me séparent de toi et vrillent mon coeur en charpie et pourtant, là-bas le soleil se lève. Je peux le voir de loin mais je ne peux pas l'approcher à cause de ces fils.

 

   A force de rester appuyée contre ces maudits fils barbelés que j'ai inondé de mes larmes, je reste hagarde et en guenilles cherchant à ramper dans l'herbe verte pour passer sous cette clôture maudite qui me sépare de toi et de ton pays de rosée et de douces folies. Pour le moment, un brouillard épais me le cache et il faut que j'aiguise mes armes, des armes de persuasion, de séduction et de courage.

 

   Et c'est là-bas, au delà de cette brume inquiétante et sombre que je dois te rejoindre....

 

 

Esclarmonde, le 27/09/2011


 

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 17:00

   Pour le  47ème salon d'écriture du Partage des mots, Andrée nous propose d'écrire un texte avec au début et à la fin les extraits du livre de Sophie Loubière "L'enfant aux cailloux": 

"le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux"

"le souffle du feu embrasait les ultimes brindilles".

 

 

 

 

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   Le jeu du vent et du soleil amusait les rideaux.* Et je regardais du haut de 

mes sept ans le mistral poussant les nuages, le soleil disparaissant derrière eux 

puis réapparaissant dans tout son éclat ce qui changeait la tonalité vieux rose 

des rideaux qui étaient constamment secoués par la violence du vent. 


   On avait laissé certaines fenêtres ouvertes malgré ce vent car dehors, la 

chaleur était insupportable et la sécheresse de l'air rappelait le désert. Cette 

atmosphère que je trouvais angoissante allait me pousser plus tard à rechercher 

des lieux verdoyants et humides. 


   Cela faisait un mois qu'il n'avait pas plus et encore, cela n'avait été qu'un 

bref orage qui avait tracé des rigoles dans le sol et avait fait dévaler l'eau de 

pluie dans les rues sans résultat satisfaisant pour les plantes assoiffées. 


   Et en cette fin août, l'herbe était jaunie et rêche, les pins irradiaient la 

chaleur comme d'étranges radiateurs pourtant bien inutiles en cet été provençal 

et les cigales grésillaient de la joie de sentir cette atmosphère brûlante. Les 

volets des maisons demeuraient clos jusqu'au coucher du soleil. Je jouais à 

l'intérieur. 


Le vent, qui s'était levé dans l'après-midi, rendit l'air moins étouffant mais il 

allait aussi orchestrer une vraie tragédie. 


   A environ un kilomètre de ma maison, dans l'un des rares endroits encore 

sauvages de cette région, industrialisée de façon brutale en quelques années, se 

dressait une colline. C'était une colline très typique de la région avec ses beaux 

rochers blancs et ses étendues de garrigue et de pins d'Alep. 


  Vers six heures du soir, mon grand frère aperçut le premier un panache de 

fumée. C'était la colline qui prenait feu. Je regardais longuement par la fenêtre 

que l'on avait du fermer à cause de l'âcreté de la fumée qui arrivait jusqu'à 

chez nous. 


   Ce que je voyais était la destruction, la fin d'un oasis de sauvagerie au milieu 

d'une urbanisation anarchique, la fin aussi d'un monde pastoral et intemporel 

qui laissait place à ce que l'on appelait alors le progrès et ce que l'on 

appellerait plus tard la mondialisation... 


   J'assistais bientôt aux ballet des canadairs qui expulsaient de gigantesques 

quantités d'eau sur la colline mais le feu était plus puissant qu'eux. 


  Les buissons de chêne kermès et de genêts scorpions s'embrasèrent comme de 

l'amadou et les pins prirent feu comme de gigantesques allumettes. Bientôt, le 

souffle du feu embrasait les ultimes brindilles.* 

 

* Sophie Loubière

 

 

Esclarmonde, le 22/08/2011


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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 17:00

 

Pour le 37ème salon d'écriture d'André, on nous a proposé d'écrire un texte commençant par la première phrase du roman de Christian Signol "La Grande Île" : "Nous étions tous des enfants libres et sauvages, heureux comme on l'est à cet âge, à l'aube sans fin de nos vies."

 

C'est ma première participation à ce salon, j'ai trouvé cette phrase magnifique et elle m'a inspiré... ce qui suit :


 

enfants de Belfast - 1969

 

 

 

   Nous étions tous des enfants libres et sauvages, Heureux comme on l'est à cet âge dans l'aube sans fin de nos vies. 


   On jouait avec trois fois rien : un bout de bois, un vélo cassé, une cabane en planches vermoulues, une ficelle, un pistolet en plastique et surtout une imagination débordante. 


   On devenait le temps d'une récrée des cowboys, des justiciers, des magiciens et des chevaliers, invincibles et indomptables. Aux yeux des adultes nous étions une réalité intangible... 


   Nos rues grisâtres et sans attrait, cet alignement de masures identiques et une usine 

comme seul horizon devenaient notre jardin secret et notre paradis où nous cueillions les fruits défendus. On chipait des bonbons chez l'épicier, on allait sonner chez monsieur le curé et on courait se cacher en étouffant nos rires. On avait bien droit à quelques remontrances mais elles étaient bien vite oubliées, bien vite pardonnées. L'autorité avant les temps modernes de l'insécurité... 


   On était des pauvres, des enfants d'ouvriers, des méprisés, des oubliés, des relégués mais nos quartiers étaient grouillants de vie, enfants de tout âge batifolants, criants dans ces rues ignorées mais pleine d'énergie, celle que les dominants craignaient de voir déborder sur leurs cages dorées. En ce temps de l'innocence, nous l'ignorions, et la vie, nous l'abordions frontalement, indifférents que nous étions aux codes sociaux étouffants du monde des adultes. 


   Des décennies plus tard, cheveux grisonnants, je suis revenu visiter mon ancien quartier. Il avait disparu. Mémoire enfouie, histoires piétinées. On l'avait rasé pour construire à la place un centre commercial et un hôtel de luxe. Mes copains étaient partis depuis longtemps pour des vies rangées, des vies renoncées, des vies d'émigrés. 


   Et moi qui depuis avait vu tant de contrées, admiré tant de beautés, conquis des horizons inespérés, je n'oublierais jamais le plus beau lieu que je n'aurais jamais vu de ma vie, qui n'avait existé que dans l'âme de l'enfant que je n'étais plus depuis longtemps et qu'aucun promoteur immobilier ne pouvait détruire.

 

 

 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 08:52

  

Elle vivait maintenant depuis sept ans dans ce lieu de nulle part, produit typique de ce qu'on appelait la "mondialisation", l'authenticité avait place au clinquant et la générosité au paraître. Les rapports humains y étaient devenus marchandisés et celui qui ne rentrait pas dans ce moule était impitoyablement rejeté. Bien des années après, elle se demandait toujours comment elle avait pu faire pour tenir dans cet univers-là et pourquoi il lui avait fallu tant de temps pour trouver la force de partir définitivement.

 

  La réponse se trouvait peut-être dans cette petite escapade dans un lieu, imparfait comme les autres, mais où restaient tapis sous les arbres et sous les tapis de feuilles des forêts, des fantômes qui erraient là depuis des siècles. Victimes de l'intolérance et de la cruauté des hommes, ils s'étaient juré d'apporter un semblant de bien-être et de force intérieure à tous visiteurs respectueux de ce lieu et de son histoire. C'est ainsi que notre vacancière eu l'impression en quelques jours d'avoir vécu plus de jours importants que pendant les mornes sept années qui les précédait... Rien de vraiment spectaculaire lui arriva, mais à sa grande stupéfaction, elle pu exaucer un des ses voeux les plus chers après être rentrée chez elle : partir de ce lieu où elle avait été retenue prisonnière et s'installer en haut d'une colline où régnait le silence et l'harmonie.

 

 

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Paysage ariègeois (Environs de Montferrier près de Montségur) - Juillet 2009. Photo : Esclarmonde

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